Féminisation des effectifs des sapeurs-pompiers : une histoire en cours

Elles représentent aujourd’hui 23% des effectifs des sapeurs-pompiers en France. Des échelles, les femmes ont ironiquement dû en monter pléthore pour pouvoir enfiler l’uniforme de sapeur-pompier. Un uniforme qui n’a été pensé pour elles et leur morphologie qu’en 2020, preuve – entre bien d’autres – que la voie ouverte ne l’a été qu’à moitié pendant de nombreuses années. 

Si le corps des sapeurs-pompiers et la Fédération Nationale des Sapeurs-Pompiers de France n’ont pas attendu le 8 mars et la journée internationale des droits des femmes pour revendiquer la mixité dans leurs casernes, l’occasion est bonne pour retracer le parcours mené par celles qui font la sécurité civile en France. Il était une fois… 

Françoise Mabille, pionnière de la féminisation

Françoise Mabille

Il était une fois le décret du 25 octobre 1976. C’est ce qu’on aurait certainement écrit, si quelques femmes n’avaient pas tenu tête au système avant que la loi légitime leur vocation. Parmi elles, Françoise Mabille, incorporée officiellement au centre de secours de Barentin, en Seine-Maritime, en 1974. Soutenue par le maire de la commune (lequel a pris le soin, malgré son propre agrément, d’en référer au ministre de l’Intérieur), elle devient ainsi sapeur-pompier, sans reconnaissance officielle des autorités. Même si, comme elle le racontera à l’INA en 2025, chez les pompiers, « on voit une femme arriver, on se demande ce qu’elle fout là », pour elle, tous les critères nécessaires à l’exercice de la fonction étaient remplis. En 1974 elle déclarait en effet : « Pour faire un bon pompier, il faut avoir la santé, le courage, ne pas avoir peur des accidents, du sang du surtout, et du feu principalement ». Ça tombe bien, elle a la santé, le courage, n’a pas peur des accidents, ni du sang, ni du feu.

Deux années plus tard, le décret n° 76-1007 vient légitimer la présence de Françoise Mabille et de toutes celles qui l’ont suivie ou ont désiré la suivre. C’est écrit noir sur blanc : « Les corps des sapeurs-pompiers communaux peuvent être composés de personnels tant masculins que féminins. ». La messe est dite, la porte ouverte. 

2026 : féminisation en cours

Françoise Mabille n’intégrera de caserne en tant que sapeur-pompier professionnel qu’en 1994. Si elle nie toute intention féministe, son statut d’Ève n’en fait pas moins un modèle à suivre pour les candidates désireuses de porter l’uniforme. Mais l’autorisation acquise, d’autres combats restent à mener. Aujourd’hui encore. Certes, plusieurs discussions, circulaires, lois contemporaines se sont intéressées au sujet, favorisant une progression sûre, mais difficile de ne pas y associer la lenteur du processus. On peut citer le plan d’action pour les sapeurs-pompiers volontaires signé par le ministre de l’Intérieur Manuel Valls en 2013, la circulaire de Christophe Castaner en 2019, lui aussi à la place Beauvau à l’époque, présentant des mesures en faveur des femmes au sein des services d’incendie et de secours, la loi Matras de 2021, qui permet la désignation d’un référent mixité et lutte contre les discriminations dans les services d’incendie et de secours. Des initiatives qui semblent faire bouger les lignes, puisque les effectifs féminins sont tout de même passés de 6% en 2003 à 20% en 2022. 

Outre la logique systémique – commune aux métiers jadis réservés aux hommes – de la difficile intégration des femmes dans des univers masculins, plusieurs améliorations sont en cours. Ajustement des équipements, mise à disposition de vestiaires réservés, idem pour les sanitairesLes casernes accélèrent l’aménagement des locaux pour favoriser l’engagement des femmes. Dernière avancée officielle en date, l’élaboration par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), en 2020, d’une tenue adaptée à la morphologie, aux postures et aux mouvements des femmes. Des progrès matériels, donc, qui s’associent à de nombreuses discussions liées, entre autres, aux violences sexistes et sexuelles. À l’heure où les sapeurs-pompiers volontaires manquent, aux initiatives de se multiplier pour intégrer au mieux les effectifs féminins.