Antares: propos d’utilisateurs

Antares… jusqu’au début de l’été 2005, le sujet pouvait faire penser à l’Arlésienne. Le temps où l’on en parlait sans jamais en voir la concrétisation est révolu : le Sdis de l’Ain a, le premier, franchi le pas des transmissions à l’ère numérique et les sapeurs-pompiers, utilisateurs du quotidien, sont encore ceux qui en parlent le mieux.

Propos recueillis par > Isabelle Forestier Photos> Lionnel Maitre


Dans le monde des sapeurs-pompiers, le Sdis 01 signe une première en France en juin 2005 en installant ses transmissions sur le réseau numérique nommé Antares. Centre après centre, le déploiement est progressif et s’étalera jusqu’en juin prochain. D’ores et déjà, cinq centres de secours sont équipés, dont le CSP de Bourg-en-Bresse qui connaît l’activité opérationnelle la plus importante du département.


« Le réseau analogique ne couvre pas la totalité du département. Il y a des endroits où les sapeurs-pompiers en intervention doivent utiliser une fréquence tactique pour passer les messages aux stationnaires de leurs centres de secours, lesquels nous retransmettent les demandes de renfort. Quelle perte de temps. Sans compter que nous aurions besoin parfois de parler en direct au COS. Il y a d’autres points du département qui passent mieux, mais tout le monde n’étant pas sur le même relais, si plusieurs postes prennent la parole au même moment, ici nous ne pouvons en entendre qu’un. Avec les cinq centres qui sont sur Antares, cela n’a rien de comparable. C’est simple : les chefs d’agrès en intervention peuvent tous nous contacter par radio, et lorsqu’ils parlent, c’est comme s’ils étaient à côté de nous dans la pièce. Le seul bruit parasite que l’on entend sur les ondes, c’est le bruit de leur respiration. »
Caporal Sylvain Miralles, opérateur CTA-Codis


« Les status par touches d’état sur les postes embarqués ont déjà changé beaucoup de choses. Nous en avons une vingtaine, qui permettent de ne plus polluer les fréquences avec des messages qui pouvaient être à rallonge parfois. Il y en a un qui n’a pas encore été beaucoup utilisé, mais qui est un vrai plus en termes de sécurité, c’est la “demande de parole urgente“. De plus, les radios embarquées d’Antares sont toutes géolocalisées par GPS. Cela permet, si nécessaire, de guider l’engin vers le lieu de l’intervention via le système d’information géographique d’ailleurs déjà bien renseigné pour les 5 centres équipés d’Antares. A terme, lorsqu’il sera bien plus complet, nous pourrons ainsi visualiser la position d’un engin et décider de son engagement s’il est le plus proche de l’intervention, plutôt que d’envoyer un engin sagement garé dans la remise d’un centre de secours et dans l’attente d’un départ. »
Caporal Cyril Dubus, opérateur CTA-Codis


« Antares est pour nous synonyme de surcharge de travail. Car tous les messages précédemment passés aux stationnaires des centres de secours sont maintenant pour nous. Mais ce changement n’est pas négatif, car il nous oblige à plus de qualité dans le travail. Le Codis redevient ainsi maître des ondes radio, avec un réseau réellement dirigé. »
Sapeur Sébastien Curvat, opérateur CTA-Codis


« Avant, pour que nos messages parviennent au Codis, il fallait soit chercher un téléphone, soit chercher un point haut. Là, on ne se pose plus la question : les messages arrivent au Codis. Pour les demandes de renfort, ce n’est pas négligeable. Il y a un inconvénient qui est apparu après la mise en route des status. Ceux-ci sont identifiés par engin. Or, nous avons répertorié les véhicules porte-cellules et non les cellules qu’ils transportent. A Bourg-en-Bresse, où nous avons 2 VPC et 4 cellules, ça devient vite compliqué ».
Lieutenant Laurent Béroard, adjoint au chef de centre du CSP Bourg-en-Bresse

« La première révolution a été de s’apercevoir que lorsque l’on s’en servait, on parlait réellement à quelqu’un… Et que ce que l’on disait était entendu. Ainsi, nous n’avons plus à passer nos messages 50 fois, ni même à collationner 10 fois ce qui nous est dit par radio. Les messages sont clairs et les demandes de renfort s’en trouvent mieux gérées. La seconde révolution, c’est que lorsque l’on appuie sur les boutons du poste, nous n’avons pas à attendre la réponse d’un stationnaire. Il y a un affichage digital qui nous confirme que le status est bien envoyé. Quant à la cartographie, elle a un avantage et un inconvénient. L’avantage : s’il y a de précisions sur un lieu-dit ou s’il y a un changement d’adresse en cours de délais de route, le CTA peut réellement nous guider puisqu’il nous voit progresser sur ses écrans. En revanche, comme il nous voit justement, il y a une crainte de certains agents que le système serve à nous demander des comptes, à nous demander par exemple de justifier pourquoi nous sommes passés par telle rue au lieu de telle rue… En fait, le Codis ne joue pleinement son rôle que depuis quelques mois, et c’est un peu un choc des cultures. »
Adjudant-chef Francis Bornéat

« Quand on appuie sur le bouton, nous savons que quelqu’un entend de l’autre côté. Ça a l’air simple, mais quelle avancée ! A Coligny, nous passons en direct sur le portatif alors que nous sommes à 25 km. Nous avons fait des essais à proximité d’une ligne à haute tension où même les téléphones portables ne passent pas : ça marche très bien. De plus, l’existence des status, pour nous petit centre de volontaires, c’est génial. Car un stationnaire en moins, c’est un pompier de plus dans l’engin. C’est important lorsque l’on sait que l’on peine souvent à avoir du monde en journée pour décaler. Pour nous, la révolution, c’est d’abord celle-là. »
Lieutenant Jean-Noël Sochet, chef de centre du CS Coligny



n° 975 - janvier 2006

Edito
Sommaire
S'abonner