Ce qui fait la valeur d’un Sdis, ce sont les personnes qui y travaillent. Dans le Loir-et-Cher, cette philosophie est omniprésente dans le moindre des dossiers. Les moyens mis à leur disposition sont à l’image d’un Sdis abouti, où chacun peut se concentrer sur sa passion : être au service des autres.
Lorsque je suis arrivé dans le Loir-et-Cher, en 2001, mon prédécesseur avait réalisé un important travail sur l’immobilier et sur le parc automobile. Le président du conseil d’administration du Sdis m’a alors demandé de donner une âme à cette maison », confie le colonel Jean-Marc Chaboud, directeur départemental des services d’incendie et de secours du Loir-et-Cher. « Servir avec passion » est l’un des mots d’ordre de cet homme qui affectionne particulièrement les maximes. « Je suis très attaché aux ressources humaines. Une entreprise fonctionne bien lorsque l’on s’enquiert des gens qui la servent. Une philosophie que j’exprime aussi dans mon rôle de président d’union régionale. Car transmettre à chaque sapeur-pompier ce qui nous est cher fait la force et la valeur de notre corporation ».
Au nombre des dossiers que le président de Casdis, Michel Leroux, demande au directeur départemental de mettre en place, figure la mission de rétablir la confiance des sapeurs-pompiers volontaires. Un rôle institutionnel est donc redonné au comité consultatif départemental des sapeurs-pompiers volontaires (CCDSPV). « Nous travaillons beaucoup en dehors des séances du CCDSPV. Nous allons dans les centres pour entendre les difficultés que certains SPV ont avec leur chef de centre, pour discuter avec d’autres des problèmes qu’ils rencontrent et dont nous faisons part aux chefs de groupement ou au directeur, indique le capitaine Guy Gautrey, membre du CCDSPV. Et nous sommes aussi parfois chargés de missions par le directeur pour travailler sur des dossiers au sujet desquels l’avis des sapeurs-pompiers volontaires est requis ». Servant avec passion leur mandat, les membres du CCDSPV organisent des réunions de travail environ une fois par mois. Selon les dossiers, ils y convient un élu, le directeur ou l’un de ses adjoints. « Il arrive que nous ne soyons pas d’accord avec les propositions ou orientations du Sdis. Ces réunions de travail servent à régler les différents, permettant d’éviter les situations de blocage. Et si nous ne trouvons pas un accord, alors le sujet n’est tout simplement pas inscrit à l’ordre du jour du CCDSPV, il est reporté », ajoute le sergent Francis Chaplault, également membre de l’instance consultative. Le dialogue est donc étroit entre les volontaires et leur Sdis. « Deux membres du CCSDPV siègent aussi au CHS, ce qui n’est pas commun. Car nous portons tous le même uniforme, et les sujets du CHS concernent également les volontaires. Et lorsqu’il y a un accident, les SPV sont participatifs dans l’enquête ou l’analyse », souligne le lieutenant-colonel Gérard Legras, chef du groupement des ressources humaines, des finances et de la formation.
La complicité entre professionnels et volontaires, si elle est reconnue au niveau opérationnel, demande au quotidien un effort de chacun. « La différence de statut crée comme deux mondes à part entière », estime le major Jean-Pascal Mitaine, chef du centre de secours de Montrichard. Dans ce centre mixte, les professionnels sont présents en journée, les volontaires la nuit et le week-end. « Les SPP quittant leur travail à 18 heures, c’est comme s’ils ne faisaient plus partie de la maison pour certains SPV. Lesquels ne les connaissent pas puisqu’ils ne sont pas là sur les horaires des professionnels. Enfin, certains professionnels n’ayant jamais été volontaires, ils ne comprennent pas l’esprit du volontariat. Le but premier des professionnels lorsqu’ils ont été intégrés au centre était de palier le manque de volontaires en journée, poursuit le chef de centre. Mais s’il arrive qu’un SPV se présente au moment d’un départ, nous faisons tout pour qu’il monte dans l’engin ». L’adjudant Laurent Gauthier, volontaire au CS Montrichard, précise : « Une des missions des professionnels était de nous former, lorsqu’ils sont arrivés. Et il faut reconnaître qu’aujourd’hui, l’essentiel de ce que nous savons, c’est eux qui nous l’ont transmis ».
Bien que n’ayant pas de professionnels à leurs côtés, les volontaires du CI de Gièvres ne sont pas en reste du point de vue de la formation.
« Cela a toujours été l’un de nos points forts, explique le lieutenant Michel Carré, chef de centre. Parmi les 21 SPV, 18 ont le CFAPSE, 10 ont le CFAPSR, six sont FdF1, quatre sont FdF2 et nous avons un FdF3, il y a quatre moniteurs de secourisme, et plusieurs d’entre nous ont l’initiation Cmic, Cmir ou SD ». Depuis quelques années, le CI de Gièvres s’enorgueillit d’une extension de 75 m2 pour le standard, une salle de réunion, une cuisine et des commodités, que les sapeurs-pompiers ont réalisés de leurs mains ! Pendant un an et demi, ils se sont improvisés maçons, charpentiers, carreleurs… Tout comme auparavant, ils s’étaient faits chaudronniers, soudeurs, serruriers, afin de fabriquer une remorque pour les deux dévidoirs récupérés après la transformation de leur Dodge en CCF léger. Le coffre arrière de la remorque s’ouvre pour permettre le dépliage d’une rampe facilitant la manœuvre des dévidoirs. De petits renfoncements dans le plancher accueillent les étrangleurs, et une porte latérale à l’avant permet de ranger lances et tuyaux. « Comme partout ailleurs, nous rencontrons des problèmes de recrutement, de disponibilité, ajoute le lieutenant Michel Carré. Aussi en 2004, nous avons glissé dans les calendriers proposés à la population des petits mots expliquant ce qu’est le volontariat, ce qu’il apporte et quelles sont ses contraintes. Une initiative payante puisque suite à cela, trois personnes sont venues chercher des renseignements. Et depuis nous les avons recrutées ».
Mais la question de la disponibilité se règle aussi et surtout avec les employeurs de sapeurs-pompiers volontaires. Le Sdis 41 cherche à développer des conventions. « Nous démarrons et ne nous sommes pas fixé d’objectif, indique le capitaine Joël Yvon, chargé de mission volontariat depuis octobre 2004. La double affectation des volontaires est un sujet sur lequel nous commençons également à réfléchir, car il faut s’appuyer sur les volontaires là où ils se trouvent au moment où nous en avons besoin. Mais ce n’est pas encore fait, car cela signifie des contraintes en termes de moyens d’alerte ou d’habillement, par exemple ».
Le président de Casdis ayant demandé au directeur départemental, à son arrivée, de mettre en place les 35 heures pour les professionnels, « la charte de l’accord sur la récupération du temps de travail a été signée par les partenaires sociaux fin 2001 et mise en œuvre au 1er janvier 2002. Elle s’est traduite par le recrutement de 26 SPP dont deux officiers », annonce le colonel Jean-Marc Chaboud. Désormais, les personnels non logés effectuent 100 gardes par an, les logés en faisant 110. S’il y a certes des CI où les professionnels font 134 gardes de 12 heures, plus globalement, le rythme de travail des SPP est en 24 / 72 mixé avec du 24 /48. Entre 120 et 150 sapeurs-pompiers professionnels ont également un engagement de volontaire. « Cela se fait à leur demande.
En majorité, ils sont SPV dans un autre centre que celui où ils sont SPP. Lorsque tel n’est pas le cas, ils se voient alors confier des missions de formations en dehors de leur temps de travail », poursuit le directeur.
Outre le Sdis, l’union départementale est aussi un interlocuteur privilégié des sapeurs-pompiers, professionnels ou volontaires. Dans le Loir-et-Cher, début 2005, elle a modifié ses statuts, les calquant sur le mode fédéral. Ainsi, un grand électeur est élu par tranche de 10 amicalistes, et chaque président d’amicale est grand électeur. « En choisissant ce mode électoral, nous voulions redynamiser l’union sur le terrain, explique le commandant Dany Chardon, président d’union départementale du Loir-et-Cher depuis janvier dernier. De fait, à la dernière assemblée générale, les grands électeurs étaient là en nombre. Choisis par leurs pairs pour les représenter, ils se sont montrés vraiment participatifs ». Servant avec passion les intérêts des sapeurs-pompiers, l’union se montre vigilante dès qu’il est question d’un nouveau texte de loi concernant les soldats du feu. « Nous rencontrons les élus pour leur expliquer les textes qui vont arriver, et travaillons main dans la main avec le directeur pour exprimer une seule voix sur la défense des intérêts des sapeurs-pompiers », poursuit le commandant Chardon.
Le Sdacr, réalisé en 1997 pour les risques courants et en 1998 pour les risques particuliers, est en cours de révision. Néanmoins, lors de sa sortie, il avait fait apparaître des carences en secours routier, VSAB et petits matériels. Des points résolus depuis, et complétés par quelques fourgons et CCF il y a trois ans. Dans le domaine du secours à personnes, le Sdis 41 est adepte de la réponse graduée dans l’engagement des secours. Fort de plus d’une trentaine d’infirmiers, le SSSM tend à augmenter leur nombre de manière à ce qu’un infirmier soit présent dans chacun des CIS du département possédant un VSAB. « Nous mettons en place un VRM à Lamotte-Beuvron, en complément de ceux se trouvant à Blois et Saint-Aignan. Car à l’exception de Blois, les autres points sont à 30 minutes d’un Smur, explique le lt-colonel Bernard Hallais, médecin-chef du Sdis 41. Une troisième zone blanche pourrait être couverte par nos soins en 2006. L’objectif est de prendre en charge des urgences vitales dans l’attente de l’arrivée d’un Smur. Tous nos matériels sont donc compatibles ».
Outre les risques courants, plusieurs risques particuliers requièrent une attention soutenue. A commencer par le risque feux de forêt dans la partie solognote du département.
« Beaucoup de forêts sont privées dans le département. Les propriétés étant moins bien entretenues que jadis, les feux sont souvent verticaux, alors qu’ils pourraient être de surface si les forêts étaient bien entretenues. Et, bien entendu, les propriétés sont clôturées, ce qui nous pose de sérieux problèmes d’accessibilité », indique le capitaine Jean-Philippe Racine, formateur feux de forêt. Le Sdis 41 ne lésine donc pas sur le plan de formation qui prévoit que tout équipier soit FdF1 et tout chef d’agrès FdF2. Le maillage en CCF est particulièrement fin, tous les CIS du département en étant doté. Comme dans le Sud de la France, tous les étés, la moindre fumée suspecte est signalée par des tours de guet gérées par les associations de propriétaires terriens, et à la moindre alerte, le Sdis réagit en engageant des groupes constitués de deux unités.
Si bucoliques que soient les berges de la Loire, du Loir et du Cher, le risque inondation existe bel et bien. Le Loir et le Cher débordent régulièrement. En cas de crue centennale de la Loire, le département serait coupé en deux, un seul pont serait utilisable à Mer, et l’évacuation de 15 000 personnes à Blois devrait être organisée. Une situation qui justifie en partie l’ouverture, en septembre 2004, du CSP Blois-Sud. Hors situation de crise, ce centre permet de diminuer les délais d’intervention des secours sur la partie sud de l’agglomération.
Qui dit « inondations » dit évidemment « plongeurs ». Or une partie de ceux-ci sont également « Grimpeurs ». « En fait, la moitié des membres de l’équipe Grimp sont plongeurs. Car nous avons beaucoup d’interventions dans des puits en eau », précise l’adjudant-chef Patrice Claval, conseiller technique Grimp. Les 24 sapeurs-pompiers du Grimp travaillent surtout en excavation, car quatre grands réseaux spéléo et 35 petites cavités dentèlent les sols du département. La double appartenance à une équipe spécialisée est aussi de mise dans l’équipe cynotechnique, puisque tous les maîtres-chiens font partie du groupe risque animalier. « Notre connaissance du chien peut être un plus lors d’interventions mettant en cause des chiens dits dangereux. Mais nous avons aussi suivi des formations spécifiques sur les fauves, les reptiles, etc. », confie le lieutenant Jean-Noël Richard, responsable des équipes cynotechniques du Sdis 41. Le peloton cynotechnique est en cours d’évolution, de nouveaux équipiers devant être formés prochainement.
« L’objectif est d’arriver à sept personnes pour maintenir une couverture opérationnelle permanente sur le département, voire pour fournir des équipiers sur la zone de défense ».
Fleurons du passé, chargés d’histoire, de nombreux châteaux embellissent le Loir-et-Cher : Blois, Cheverny, Chaumont-sur-Loire et, bien sûr, Chambord, dont le mur d’enceinte fait 32 kilomètres. La défense des châteaux et du patrimoine constitue donc une affaire sérieuse pour le Sdis. « Pour les châteaux faisant l’objet d’un plan Etare (ndlr. : établissement répertorié), nous avons mis en place des plans de sauvegarde des œuvres, avec un inventaire des pièces à protéger en priorité. En plus des moyens classiques de lutte contre l’incendie, nous engageons systématiquement des VTU ayant pour missions l’évacuation des œuvres et le bâchage de ce qui ne peut être transporté mais doit être protégé », déclare le commandant Christophe Loew, chef du groupement de la réglementation, des opérations et de la planification.
Il y a quelque temps une figure bien connue des châteaux du Loir-et-Cher a fait son apparition sur les véhicules rouges : emblème de François 1er, la salamandre a la réputation de résister au feu. Elle a été adoptée pour représenter le Sdis 41 !
Michel Leroux, président du Casdis.
SP mag : Vous qui êtes notamment en charge de l’économie au conseil général, considérez-vous que les sapeurs-pompiers coûtent cher ?
Michel Leroux : Non, ils ne coûtent pas cher. Ils coûtent exactement ce que coûtent les transports scolaires pour les collèges. Si ces derniers sont indispensables, que dire alors des sapeurs-pompiers ! Lorsqu’il y a une personne en détresse, un feu, il faut un service efficace. Et si l’on regarde le prix de l’eau ou de l’incinération des ordures ménagères, on est là sur des sommes encore plus élevées. Je suis un ardent défenseur des secours, ils font partie des dépenses prioritaires. Les élus le comprennent bien, les sapeurs-pompiers aussi.
Où en sont les conventions de disponibilités pour les sapeurs-pompiers volontaires ?
Elles doivent être développées. Je suis un ancien chef d’entreprise, et je sais ce que peut ressentir un employeur qui voit partir le personnel de son établissement… Il faut cultiver les relations avec les chefs d’entreprise afin qu’ils libèrent au maximum les sapeurs-pompiers volontaires et redonner un sens aux relations volontariat-entreprise. Car ce n’est pas un handicap pour un chef d’entreprise d’employer un volontaire.
Lorsque vous les rencontrez, que dites-vous aux sapeurs-pompiers du Loir-et-Cher ?
Que dans leurs missions et leurs besoins, ils doivent être le plus ouverts possible. Ils ne font pas une mission isolée mais font partie d’une équipe qui a besoin de connaître ce qu’ils pensent, de connaître leurs problèmes, leurs envies, leurs attentes. J’apprécie d’avoir connaissance de ce qui ne fonctionne pas, et de chercher avec chacun des solutions pour permettre à tous de bien travailler ensemble.
Le Sdis 41 ne dispose pas d’école départementale mais y travaille. Ce beau projet, s’il voit le jour, sera unique en France, car un partenariat avec le secteur privé est envisagé.
Plusieurs arcanes administratives ont déjà été franchies, laissant à penser que prochainement pourrait voir le jour une école départementale de formation confiée à une gestion privée par délégation de service public. « La capacité d’accueil et la qualité technique seront, au moment de son ouverture, sans égale en Europe, confie Michel Leroux, président du Casdis 41. Tous les sapeurs-pompiers du département y passeront au moins une fois tous les deux ans, pour apprendre à être au contact de l’incendie, ce que tous les sapeurs-pompiers en France n’ont pas partout l’occasion de découvrir ». Un point de vue partagé par le colonel Jean-Marc Chaboud, qui précise : « Le rythme de travail des professionnels fait que certains sont confrontés à un incendie important seulement deux ou trois fois par an. Quant aux volontaires, cela peut prendre plusieurs années. Lorsqu’un SPV intègre un petit centre, que peut-on lui promettre ? Deux nids de guêpes à l’année ? Prochainement, cet aspect formation sera un attrait, qui deviendra leur fierté ». L’ouverture est souhaitée pour 2007.
Le plus vieux date de 1809, le plus jeune de 1960…
La vingtaine d’engins présentée au musée des SP du Loir-et-Cher est très joliment mise en valeur dans la remise du CSP de Vendôme. Et pour cause, cette remise est immense car construite dans un ancien supermarché. Aux pompes à bras, échelles Rosalie, MPR Delahaye et autre PS Laffly font face de nombreuses tenues anciennes et des matériels de secourisme d’un autre âge. La visite de ce musée est gratuite et simple comme un coup de fil pour permettre aux sapeurs-pompiers de Vendôme de vous accueillir.
Quelques chiffres |
Géographie
Superficie : 6 343 km2. Population : 314 933 habitants. Préfecture : Blois (49 062 hab.) 291 communes, dont 253 communes rurales. 148 km d’autoroutes, 272 km de nationales et 3 218 km de départementales, 4 axes ferroviaires. 201 000 ha de forêts, dont 183 000 ha de forêts privées. 2 000 km de cours d’eau.
Personnel
216 SPP (dont 43 officiers et 76 sous-officiers), 2 032 SPV (dont 47 officiers et 242 sous-officiers), 28 personnels administratifs et techniques, 198 JSP répartis dans 12 sections. Equipes spécialisées : RCH, RAD, SD, Cyno, FdF, Grimp, Plongée.
Equipement
423 véhicules dont 48 VSAB / VSAV, 6 EPA, 4 EPSA, 7 VSR, 31 FPT, 89 CCF (âge moyen du parc : 13,5 ans).
Budget 2004
18 millions d’euros en fonctionnement et 4,4 millions d’euros en investissement. Coût des secours par habitant et par an : 55 euros.
Nombre d’interventions
17 289 interventions en 2004, dont 62 % de secours à personnes, 12 % d’accidents de la circulation et 11 % d’incendie.
Risques particuliers
6 établissements classés Seveso seuil haut, une centrale nucléaire à Saint-Amand-les-Eaux, feux de forêts, inondations, mouvement de terrains. Manifestations annuelles de grande ampleur : en juin, le Game Fair, rendez-vous des chasseurs : 80 000 personnes ; en août, le Festival folklorique de Montoire : 20 000 personnes ; en octobre, les Journées gastronomiques de Sologne : 15 000 personnes.