Ouragan Irma - Les sapeurs-pompiers au secours de la population antillaise

Opérationnel - Le 18 septembre 2017

Dans la nuit du 5 au 6 septembre 2017, les Antilles sont durement frappées par l'ouragan « Irma », un des plus puissants jamais enregistré au-dessus de l’Atlantique, ne laissant que des ruines sur son passage. Neuf morts et près de 250 blessés sont à déplorer sur les territoires français. S’ensuit une mobilisation sans précédent pour les forces de secours et de sécurité, avec des renforts civils et militaires envoyés depuis la métropole. Récit d’une gestion de crise.

Article extrait du magazine "Sapeurs-pompiers de France" n°1104 - octobre 2017

Illustration 01 - Dégats ouragan Irma - AFP-Lionel-Chamoiseau - 800x450px

 

« Un ouragan d’une puissance exceptionnelle et dévastatrice. » Voilà comment on pourrait résumer – quelques jours après sa formation au large du Cap Vert – le cyclone tropical de 5e catégorie* Irma (c’est son nom) et ses conséquences dramatiques sur l’arc antillais, les Caraïbes et le sud-est des États-Unis. Parmi ses premières victimes, traversées mercredi 6 septembre, l’île française de Saint-Barthélemy et sa voisine franco-néerlandaise Saint-Martin, toutes deux touchées par des vents extrêmement violents soufflant parfois jusqu’à 360 km/h, des pluies diluviennes et des vagues de submersions marines atteignant jusqu’à 12 mètres de hauteur.
Au lever du jour, alors que le vent souffle toujours, les conséquences du cyclone apparaissent, laissant découvrir aux habitants un paysage apocalyptique. « Nous vivions dans un paradis ; nous voici en enfer » confiera une rescapée à un journaliste venu l’interroger. Le bilan est rude. Neuf morts sont à déplorer dans la partie française de Saint-Martin, et les blessés légers se comptent par centaines. La majorité des infrastructures, à l’image de la préfecture et de la caserne des sapeurs-pompiers, sont détruites. On apprendra quelques jours plus tard que les dégâts sont estimés par la Caisse centrale de réassurance (CCR) à 1,2 milliard d’euros et que près de 95% de l’île est détruite. Une estimation qui sera nettement revue à la hause un mois plus tard, en octobre 2017, par le président de la collectivité de Saint-Martin, avec un chiffre avoisiant les 3,5 milliards d'euros.
 

 
Illustration 03 - Ravit Eau Helico AAir SP Sdis13

Un dispositif de secours d’ampleur

Préalablement placées en alertes cycloniques, les îles françaises avaient accueilli quelques jours plus tôt un détachement d’une soixantaine de sapeurs-sauveteurs des formations militaires la Sécurité civile (FORMISC) prépositionnés. Mais face à l’ampleur des dégâts, une vaste opération de secours s’est mise en branle dans les heures et jours qui ont suivi le passage de l’ouragan Irma. L’effectif de militaires de la Sécurité civile prépositionnés est doublé. Parallèlement, un premier détachement d’intervention catastrophes aéromobiles (DICA) est constitué avec des pompiers de Sdis de la zone de Défense et de Sécurité Sud (ZDS) et du Bataillon des marins-pompiers de Marseille. Formé par une soixantaine de personnels dont des spécialistes des opérations de sauvetage-déblaiement, des équipes cynophiles et des hommes issus de groupes de recherche et d’intervention en milieux périlleux (GRIMP), ce premier détachement sera suivi 24h plus tard par un second, déployé depuis la ZDS d’Île-de-France.

La Guadeloupe, peu affectée par le passage d’Irma est choisie comme base arrière pour le déploiement des secours. Au total, ce sont près de 600 secouristes, personnels sanitaires et médicaux et sapeurs-pompiers tant civils que militaires, qui se mettent à l’œuvre aux Antilles. Au plus fort de la mobilisation, ils seront plus de 800 sur place. Les premières missions qui leurs sont attribuées sont le rétablissement des principaux axes de communication, dont la réouverture est indispensable pour permettre l’acheminement des secours et de leur matériel, ainsi que l’évacuation des victimes, la recherche et prise en charge des victimes, et l’approvisionnement en eau et vivres de la population sinistrée.
 

 

Illustration 01 - Deblaiement FORMISC-UIISC - 800x450px

La menace d’un nouvel ouragan

Moins de trois jours après le passage d’Irma, et alors que les Îles du Nord sont encore comme coupées du monde, une nouvelle alerte cyclonique est émise par les autorités et les météorologues. L’ouragan « José », classé d’abord en 3e catégorie, puis en 4e à l’approche de l’arc antillais, menace. Les débris résultants du passage d’Irma pourraient devenir de dangereux projectiles qui, associés à la précarité des constructions fragilisées voire détruites, présentent d’importants risques. À peine commencées, les opérations de secours sont donc stoppées par l’ordre de confinement donné à l’ensemble des personnes présentes sur les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélemy.

Fort heureusement, la distance de plus de 100km séparant José des Îles du Nord les préservera de nouvelles graves conséquences. Au petit matin, les opérations de secours reprennent sous la protection des gendarmes également venus en renfort sur l’île de Saint-Martin, cible de pillage et de violences depuis la catastrophe. Au programme pour les secouristes, la poursuite des opérations débutées les jours précédents. Des actions de protection et de mise en sécurité d’édifices débutent également sous la coordination de la préfecture.
 

 
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Les ONG de sapeurs-pompiers sur le pont

En plus des renforts civils et militaires dépêchés sur les îles de St-Barthélémy et St-Martin, un élan humanitaire se met également en place. Parmi la centaine de bénévoles mobilisés, plusieurs sapeurs-pompiers non-réquisitionnés ont fait le déplacement pour aider, dans le cadre de leur engagement au sein d’organisations non-gouvernementales (ONG) comme par exemple ceux de « Pompiers de l’Urgence internationale » (PUI France), « Groupe d’intervention et de secours » (GIS France), « Pompiers humanitaires français » (PHF), « Action pompiers pour l’aide internationale » (CASC-APPUI), … Pendant près de quinze jours, ils assisteront les services de secours dans leurs missions de recherche et de prise en charge des victimes, mais également dans le soutien à la population avec des travaux de bâchage, la distribution d’eau et de rations, etc.

La Loi des séries ?

Au moment où nous publiions cet article, mi-septembre 20117, un troisième ouragan, « Maria », menaçait les Antilles, à commencer par la Guadeloupe et la Martinique, toutes deux placées en alerte cyclonique par Météo-France. En prévision, le ministère de l’Intérieur avait envoyé un nouveau contingent de 110 sapeurs-sauveteurs pendant qu’en métropole, près 400 sapeurs-pompiers se tenaient également prêts à partir. S'en-sont suivis de nouveaux dégats dans les zones précédemment sinistrées de St-Barthélémy et St-Martin, ainsi que le décès d'au moins deux personnes en Guadeloupe.

Loïc Picard