Feux de forêt : les PUD témoignent des difficultés rencontrées cet été

Opérationnel - Le 12 octobre 2017

[MAGAZINE] Cet été, faute de CCF suffisants, certains centres de secours n’ont pas pu intervenir sur les incendies estivaux, alors même qu’ils avaient la ressource en personnel. Manque de moyens aériens, engins non renouvelés, situation critique des départements ultra-marins… les présidents d’union départementale (PUD) ont livré, au congrès des sapeurs-pompiers de France, les difficultés qu’ils ont rencontrées pendant cette saison feux de forêt.

Congrès 2017

La saison feux de forêt 2017 a été l’une des plus actives de la décennie écoulée, avec 18.000 hectares dévastés par les flammes, mettant en évidence un manque de moyens dans le dispositif feux de forêt.

«Dans les départements du Sud, de nombreux centres de secours avaient du personnel, mais plus d’engins disponibles: du fait de leurs contraintes financières et d’une activité feux de forêt moins intense ces dernières années, les Sdis n’ont pas remplacés les véhicules réformés», a témoigné Pierre Binaud, président de l’union régionale Sud-méditerranée (voir son interview vidéo ci-dessous), remerciant tous les sapeurs-pompiers de France venus en renfort pendant les incendies estivaux.

Les commandes de véhicules incendie ont ainsi baissé de 30% depuis l’an 2000. Un manque de matériel qui s’avère particulièrement criant dans les territoires ultra-marins, comme en ont témoigné les PUD de la Nouvelle-Calédonie et de la Guyane: «Avec seulement 8 CCF, 5 CCR et 2 CCGC pour 2.240 hectares de feux et 1.000 sorties, concentrées sur quatre mois, nous sommes sous-dimensionnés», a regretté Gille Galliot, président d'unions départementales sapeurs-pompiers de la Guyane, territoire composé à 80% de forêts.

D’autres ont les moyens disponibles, mais n’ont pas pu intervenir. «Dans les Landes, nous avions les véhicules et la ressource en hommes, mais nous n’avons pas obtenu l’autorisation d’envoyer des renforts. Au nom des sapeurs-pompiers du département, je m’en excuse! La raison invoquée: il fallait continuer à assurer la couverture littorale… Nous avons eu moins de 200 hectares brûlés», s’est désolé Guillaume Laussu, président d'unions départementales sapeurs-pompiers des Landes.

«Personne ne voit l’argent dépensé sur les hectares sauvés!»

«Les sapeurs-pompiers français ont une politique d’attaque des feux naissants qui permet de limiter le nombre d’hectares brûlés. Mais cela n’est possible qu’avec un apport de moyens massifs, en hommes, en véhicules, en matériels, sur les zones impactées. Il ne faut pas comptabiliser seulement le nombre d’hectares brûlés: personne ne voit l’argent dépensé sur les hectares sauvés!», a martelé le colonel. Eric Florès, directeur du Sdis de l’Hérault.

C’est aussi le manque de moyens aériens qui a été évoqué. En la matière, la FNSPF a été entendue: le président de la République a annoncé, le 6 octobre, l’acquisition dès 2018 de six avions polyvalents. Autre solution envisagée, la constitution d’une force de protection civile européenne, qui permettrait de réduire les délais d’intervention des bombardiers d’eau. Une thématique qui fera l’objet de la rencontre internationale «Feux de forêt», organisée le vendredi 13 octobre après-midi.

Coline Léger

Vidéo : témoignage de Pierre Binaud, président de l’union régionale Sud-méditerranée